Beaucoup d’acteurs n’auront pas attendu 2010 pour prendre en compte la biodiversité, en témoignent les exemples recensés dans cette lettre. Toutefois, force est de constater que ce label a pour mérite de faire connaître les enjeux stratégiques, d’accélérer la prise de conscience et d’enclencher des plans d’action. L’événement marquant reste le sommet de Nagoya réunissant 193 chefs d’Etat et de gouvernement en octobre dernier. Au-delà des engagements pris, fait notable, il y eut la mobilisation des représentants de la société civile et des parties prenantes (associations, collectivités, entreprises). Ainsi, le sommet des villes et des autorités locales a confirmé la place qu’elles souhaitent prendre pour relever le défi, via notamment la création d’un index de biodiversité en milieu urbain. Les entreprises sont venues en nombre pour prendre connaissance en particulier des recommandations de l’étude TEEB[1]


Et maintenant ? Les initiatives présentées dans cette lettre et les recommandations, émises à la veille de Nagoya lors de la rencontre débat organisée par le Comité 21 et l’UICN, permettent de dégager quelques pistes pour la mise en oeuvre des engagements pris :

  • L’ensemble des parties prenantes doit être mieux associé à la gouvernance de la Convention sur la diversité biologique, selon François Letourneux, président de l’UICN.
  • Les Etats doivent reconnaître le rôle des collectivités et inscrire la biodiversité dans les stratégies d’accompagnement de leurs collectivités, pour Michaël Delafosse, adjoint au maire de Montpellier et membre de la délégation française à Nagoya.
  • Il faut lier lutte contre le changement climatique et préservation de la biodiversité, afin d’éviter que certains dispositifs mis en place ne se nuisent, prévient Ghislaine Hierso, président d’Orée.
  • L’intégration à un niveau stratégique des répercussions de son activité sur la biodiversité peut être considérée par l’entreprise comme une opportunité, voire un facteur d’innovation, selon Hervé Casterman, directeur Environnement et climat à GDF Suez. Nombreuses sont les entreprises qui ont franchi le pas.
  • Les actions qui invitent les citoyens à participer sont plébiscitées : recensement des espèces (Hérault, Bourges, FNH, refuges LPO) ou activités culturelles (théâtre par Auxilia ; Land art à Mascarin ; apprentissage de la langue française avec Vivacités).
  • L’accord sur le partage des avantages doit conduire à poursuivre les recherches sur les nouvelles souches variétales (cf. travaux de l’Inra) et à en partager les fruits. L’échelle locale est également pertinente : la Région Nord-Pas-de-Calais s’est associée avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.
  • La biodiversité doit être prise en compte dans l’évaluation extra-financière et ne pas se cantonner à l’industrie lourde mais couvrir également les activités concernées pour compte de tiers -secteur public, activités agricoles, tertiaire- (cf. BMJ Ratings).
  • Il convient enfin de veiller à ce que les politiques fiscales et budgétaires ne soient pas défavorables à la biodiversité ; c’est l’objet de la nouvelle commission du Centre d’analyse stratégique que préside Guillaume Sainteny et qui nous fait part de ses recommandations ci-dessous.

Autant d’axes à suivre rapidement car « les ouvrages qui disparaissent sont des ouvrages qui disparaissent à jamais » a prévenu Jean-Pierre Thébault, ambassadeur délégué à l’environnement, lors de notre rencontre-débat.  

[1]
The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB) study L’Économie des écosystèmes et de la biodiversité.
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