Les rencontres providentielles de l'élu
Par vous avez dit durable le jeudi 29 octobre 2009, 06:31 - Le petit journal d'une élue de la République - Lien permanent
Je suis en retard, près de ce clocher en travaux. Je ne sais pas encore que ce rendez-vous est providentiel. Je l'avais rencontré à Cap Assos, le rendez-vous annuel des associations bordelaises. Je déambulais dans les allées avec notre "précieux petit roux", chacun s'épatant de la diversité des possibles associatifs et de l'intensité des regards bénévoles.
Je le rencontre à l'issue de notre déambulation, dans les hasards des foules qui s'agglutinent. Il aide "les amis de la rue" avec d'autres, dans la "maison de Marie".
Aujourd'hui, je m'aprête à visiter ses amis. Je ne sais pas encore qu'une partie de moi ne les quittera probablement plus.
C'est une maison immense, avec une dizaine de chambres. La porte s'ouvre et la vie de partage vous innonde. A gauche, on s'affaire à la cuisine des grandes tablées, et là tout de suite, la table nappée avec de grands carreaux, ce qui suscite en moi la douce souvenance des tartines beurrées de "Ma mie Denise".
On me tend des mains que je prends. On m'accueille telle que je suis, une nouvelle personne avec laquelle partager un moment.
Elle se lève ... Je crois bien qu'elle a des habits de soeur sans la coiffe... mais son sourire profond m'a happée. Transportée dans son bureau, dans la réalité humaine extrême qu'elle accompagne.
Ils ont vécu 15, 20, 40 ans de rue. Elle, et celles de sa trempe majestueuse les ont connus en allant dans des lieux inconnus de nos regards javellisés...
Elle porte des phrases simples sur ses amis de la rue qu'elle reçoit : "Certains arrivants ont oublié ce que veulent dire aujourd'hui et demain, ne peuvent plus être debout" ..." Il faut dormir ici, pour les serrer fort, quand le manque d'alcool fait crier leur chair, il faut vivre avec eux pour surmonter les crises comme on le fait dans les familles".
Derrière les mots du quotidien l'inébranlable foi en l'homme "la mairie prête ce lieu, nous travaillons avec les MDSI du Conseil Général, mais cette strucutre ne fonctionne avec aucune subvention pour ne pas en dépendre et risquer de ne plus recevoir ces vies violées par manque d'argent public".
Tout ce qui se mange, s'utilise, se regarde, rassure, repose et construit a été donné, récupéré, trié. Chaque chose à vivre est rescapée de la société de consommation.
Et puis, avec la foi en l'homme, la foi des résultats...
Tous les amis, quand c'est leur moment, franchissent des étapes de mieux être. Il fait le pain, apprend le français, fait de la céramique... Chacun rend aux autres en même temps qu'il réapprend à recevoir comme une inter-fécondation.
Je reprends mon vélo trop grand. Ils m'ont accompagné jusqu'au perron et couvé des yeux quand j'ai repris la route.
Je veux faire de la politique pour faciliter des projets comme celui là.
La politique doit retrouver ses lettres de noblesse et ne plus se laisser malmener par des impostures égocentriques.





Commentaires
Merci pour ce beau témoignage.
J'ai aimé les deux dernières phrases, elles correspondent à mon approche intime de la politique.
Continuez dans cette belle voie, mes voeux vous accompagnent.
Cordialement.