Tous les lieux recevant du public, c'est à dire potentiellement vous et moi, reçoivent la visite d'une commission de sécurité...présidée systématiquement par un élu. Les cinémas, les restaurants, les hôtels, les musées, les grandes surfaces.....sont visités, contrôlés. L'ensemble des réglementations doivent être appliquées. Et ces réglementations, au fur et à mesure des accidents mortels recensés, se durcissent.

J'ai présidé une de ces commissions cette semaine : dans un hôtel meublé / restaurant. 10 chambres individuels louées au mois ou à la nuit. 10 chambres avec un aménagement spartiate, sans télévision, ni décoration. Un sommier approximatif, une salle de bain morose, des rideaux propres mais sinistres, des meubles sans âme, une porte qui n'est plus qu'un battant pour cacher l'intimité tant elle est déformée. Des chambres anonymes, qui n'offrent ni réconfort ni chaleur donc, des chambres qui coûtent chacune 360 euros par mois. Et pourtant des chambres prisées car elles sont le dernier rempart avant le centre d'hébergement d'urgence ou les bosquets qui longent la ville et qui accueillent des hommes et des femmes squattant les espaces verts .

Les propriétaires de cet hôtel sont un jeune couple usé par le travail 24H sur 24H et 7 jours sur 7 qui gagne à peine sa vie, inquiet toujours de cette clientèle au bord du gouffre émotif et social. Ils veulent vendre, mais" qui voudrait acheter pour mener cette vie hasardeuse?"", c'est ce qu'ils disent.

Bref, l'homme nous accueille avec l'air désabusé de ceux qui veulent se protéger des regards inquisiteurs, de ceux qui savent qu'on leur annoncera une nouvelle de plus, une mauvaise nouvelle, malgré l'effort . Il ne peut pas payer les organismes agrées, pas acheter les portes blindées pour isoler les cuisines, foyer à risques...cuisines qui jouxtent les sas d'évacuation!!!!!!!!, pas acheter non plus une alarme qui marcherait malgré une coupure d'électricité.... Il ne peut pas, il nous le dira sans détours. Nous, nous lui dirons qu'il doit mettre toutes ses installations en conformité avec les nouvelles réglementations. J'ai voulu lui dire aussi que la vie de sa famille, comme celle de ses clients étaient en danger et que cette réglementation n'était pas faite par des technocrates inconscients, ( parce que j'ai lu qu'il pensait ça dans ses yeux en colère) mais par des responsables qui ne veulent plus que des hôtels brûlent, tuant leurs occupants comme ce fut le cas à Paris il y a peu.

La commission que j'ai présidée a émis un avis défavorable, il recevra un document lui spécifiant ce qu'il doit faire et dans quels délais.... sinon cet hôtel meublé sera fermé. Fermé pour protéger les occupants du risque de mort. Cette fermeture, parce que la République exige que les élus garantissent à leurs concitoyens que le ciel ne leur tombera pas sur la tête, posera d'innombrables questions. Où logeront ces hommes et ces femmes qui occupent ces petites chambres sommaires mais protectrices pour ceux qui s'y calfeutrent ?

C'est un dossier que nous traitons en ce moment à la ville : combien d'hôtels ?, combien d'habitants dans ces hôtels ? combien d'accompagnateurs pour ces occupants ? combien de propriétaires démunis pour payer la mise en conformité aux normes et sauver d'un feu mortel ?..... C'est un dossier qui montre toute la difficulté que l'élu local doit résoudre : appliquer la réglementation nationale évidemment, et organiser ses conséquences humaines immenses. Eviter que le ciel ne tombe sur nos têtes est bien un travail herculéen, il n'y a pas de doutes.