Est-il raisonnable d'être alarmiste ?
Regarde.
Cette maison où l'on rentre le soir n'est-elle pas la même qu'au matin ?
La forêt où l'on revient se promener  n'est-elle pas identique à la première fois ? 
Et la mer ?
La mer dans laquelle on s'est toujours baigné l'été depuis  l'enfance. Pareille ?
Pas tout à fait. La plage est parfois recouverte d'algues en plus grand nombre que jadis,  parfois jonchée de boulettes goudronnées noirâtres. Pourquoi tant d'algues qu'un engin ramasse aux petits matins du mois d'août ? D'où proviennent ces galettes de marée noire ? 
La forêt elle-même n'est finalement pas celle de notre souvenir. Elle est plus bruyante de monde et d'autos, moins vivante de plantes et d'animaux, diminuée par le lotissement en bordure.
Partir ? Aller plus loin ? Mais l'on sait qu'au loin, très loin, c'est la même chose, les voisinages de tous sont également touchés. Nous avons vu le sol craquelé de soif en Somalie et les détritus innombrables qui recouvrent le Nil au Caire. Nous avons senti les inspirations malsaines de l'air à Los Angeles, à Mexico, à Pékin. Nous ne retournons plus en vacances à Saint-Michel-en-Grève, où des marées vertes empuantissent la plage. A l'autre bout du monde, sur l'île de Tuvalu, le corail meurt dans l'acidité de l'océan. Ici, ailleurs. 
Ma forêt, leur forêt,ma mer, leur mer. La planète entière est malade. 
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