La philosophie est une matière qui m'a été enseignée trop jeune. 

Il était trop tôt pour moi : je n'ai pas su appréhender l'essentiel de cette matière : que tout est un éternel recommencement, que l'histoire des dieux conditionnent la nôtre, que la plus belle richesse de l'homme, c'est sa capacité à développer de l'empathie....Luc Ferry en nous offrant son immense succès "Apprendre à vivre" rend les mythes fondateurs de notre civilisation accessibles à tous, en révèle le sens profond et sa portée étonnamment actuelle.

C'est un livre à recommander notamment pour tous ceux, qui comme moi, sont passés à côté des apprentissages philosophiques. Je salue aussi Michel Onfray qui nous offre sa formidable Université Populaire de Caen 

Mais il y a eu une citation, qui l'année de mes 17 ans m'avait profondément marquée "L'homme est à la mesure de toute chose" Protagoras. Je l'avais prise pour une autorisation explicite : celle de vouloir, de savoir et in fine de pouvoir....Je retrouve cette "invitation à faire" dans la formule magique de Romain Gary " Il faut toujours connaître les limites du possible, non pas pour abandonner, mais pour tenter l'impossible dans les meilleures conditions". 

Je suis née en Charente où il fait bon vivre, en écoutant la nature pousser : la société de consommation n'était pas omniprésente dans mon village de 80 âmes. Elle ne m'a foudroyée que plus tard en arrivant à Bordeaux.

Je me suis engouffrée dans le service public parce que j'avais probablement besoin de corriger cette envie folle de posséder, d'autant plus virulente qu'elle était nouvelle. 

Puis naturellement, convaincue de la formidable opportunité de solidarité que nous a offert le tramway ( projet auquel j'ai contribué dans le service communication), ma route s'est poursuivie au service de l'éducation des plus jeunes au Développement Durable.

La plus belle victoire du tramway selon moi, c'est la réunion des deux rives de Bordeaux et de tous ses habitants, l'incarnation de la nécessaire mixité sociale et fonctionnelle.

La promesse de la sensibilisation des plus petits au Développement durable, c'est selon moi la preuve de la capacité des collectivités à éveiller leurs consciences durables pour qu'un jour ils réforment l'organisation des pouvoirs et des modes de représentation.

Leur faire comprendre que notre société ne tourne pas rond et qu'ils ont des moyens de le corriger, c'est leur insuffler un esprit de "révolutionnaire responsable"...l'application de la théorie de la" baïonnette intelligente".  

On me pose souvent la question de l'origine de mon engagement politique : ces questions ne font d'ailleurs que poursuivre mes propres interrogations.... 

Pourquoi faire de la politique ? Sûrement pour faire entendre une petite musique.... celle de ses convictions !  

Je crois énormément au principe de l'entrisme : faire entendre ses convictions dans un lieu qui sans vous être hostile, ne vous est pas acquis.

Je crois que l'on peut obtenir plus de résultats en allant convaincre ceux qui n'appartiennent pas complètement à votre communauté de pensées, qu'à organiser son combat avec ceux qui défendent précisément les mêmes axes et valeurs que vous.

Du moins je le crois pour moi, parce qu'évidemment il en faut pour tout le monde. Et puis il y a ceux qui veulent construire des empires et qui ont donc besoin d'armées....parfois quand même pour apporter la bonne parole.  

Je viens de la campagne et je souffre du regard citadin sur le" monde vert" parfois méprisant mais je me crois meilleure défenseuse de mes origines en ville que chez moi.

Je crois en la solidarité, le lien social, l'éducation, l'équilibre des revenus entre les plus riches et les autres, je suis dans une majorité de droite mais je me sais plus utile à parler des plus démunis dans cet univers que dans celui de l'opposition.

Je pense que le développement durable, parce qu'il ne peut dépasser le stade de la pure incantation que dans l'activisme rebelle, se développe plus facilement dans le corps associatif qu'au sein d'une organisation politique.

Pourtant je suis élue ...mais il me semble que je peux mieux relayer leur message et leur apporter un soutien plus utile là ou j'ai choisi d'être.   

Le doute qui subsiste à mon esprit concerne la notion d'exemplarité : faut il choisir de convaincre  toute une structure d'être exemplaire, et en termes de développement durable on le sait, c'est inaudible par les élus en place parce que cela sous tend qu'il faut adapter  les organisations pyramidales, jouer le décloisonnement, accepter le doute, l'expérimenation, assumer  les complémentarités et s'exposer au risque certain d'une trahison du camp opposé qui ne jouera pas forcément le jeu....?

Ou faut il choisir d'être exemplaire dans sa vie quotidienne, d'individu et de chef de la meute familiale, rendre publique cette exemplarité, faire rêver les gens sur le bien fondé de votre choix personnel  avec des preuves  à l'appui non réfutables? 

Je vous livre l'exemple d'une aventure développée sur le  site "Saperliplanète"  : c'est celui d'une famille qui a décidé à cinq de parcourir le monde à la rencontre de peuples menacés et d'en faire des reportages vidéos, photos, sur un site dans des livres et dans un grand quotidien.

Je trouve cette expérience magnifique : elle peut aider à sensibiliser des milliers de gens aux bienfaits de l'écoute, de la rencontre, de l'intérêt d'envisager la vie autrement.

Cette expérience outre qu'elle rapproche les membres de cette famille  aura peut être plus d'impacts médiatiques et de résutats concrets que l'expérience de centaines de gens comme moi, qui au nom de l'entrisme voudraient imprimer d'autres  certitudes dans des milieux  qui ne sont pas les nôtres. 

Ou doit on placer le curseur? Les réponses sont différentes selon les histoires et les moments de ces histoires.  

Mais je suis comme des milliers, convaincue que notre société est bien fatiguée et que les réponses qu'on nous apporte sont bien peu en adéquation avec les questionnements qui les sous tendent.

Je crois que les modalités de sensibilisation des autres au développement durable et à  la solidarité ont montré leurs limites et qu'il est grand temps que l'on se mette à débattre : élus et non élus, citoyens exemplaires et citoyens perdus.... de la sociéte dans laquelle nous voudrions vivre plutôt que de réagir en permanence à ce que l'on nous propose et auquel on n'a pas collaboré vraiment.

Et pourtant je suis élue et pourtant je suis dans le système ......mais ça ne m'empêche pas de penser qu'il est souvent mal fait et qu'il nous faudrait ensemble le réformer.