Petit journal d'une élue de la République : L'élu est il toujours une groupie ?
Par vous avez dit durable le lundi 9 février 2009, 08:11 - Le petit journal d'une élue de la République - Lien permanent
Naturellement, devenir élu n'est jamais un accident de parcours, le fruit d'un heureux hasard.
C'est un mélange de bonnes rencontres, de solides convictions, d'une empathie sincère pour l'autre, d'une totale confiance en soi ou bien l'inverse! ! ! ! et j'en suis convaincue de l'admiration, attirance, respect pour une personnalité politique d'envergure nationale.
Je n'ai aucun esprit militant : l'idée de rentrer dans un parti politique, d'y nourrir des relations quasi familiales avec des camarades et de servir des idéaux au travers d'hommes et de femmes qui briguent les plus hautes responsabilites m'est étranger, je dois l'avouer.
En revanche, être sensible , donner du crédit, réfléchir collectif et sociétal en entendant un discours, une intervention, une interview. Alors là ,oui mille fois oui.
Ce fut mon cas très clairement avec Michel Rocard et la création du RMI : je garde pour cet homme politique une inclination particulière. J'aime son esprit libre et ses paroles qui chahutent.Ce fut et ça l'est encore avec Alain Juppé : je l'ai vu conduire mon administration communautaire avec une redoutable efficacité : une capacité de dialogue avec les élus de toutes les communes et de toutes les sensibilités pour la défense de projets structurants et facilitateurs pour la population. La vivacité de l'intelligence qu'on lui prête est immense...mais c'est sûrement l'écoute active de ses interlocuteurs dans des rendez vous en petit nombre et quel que soit le cursus de ces derniers qui me sidère. D'autant plus qu'on ne retient de lui à grand trait que la froideur du technocrate, inconscient des maux du peuple.
C'est le cas enfin avec Martin Hirsch : je trouve son parcours d'une cohérence parfaite, son engagement auprès des délaissés puissant et efficace, sa simplicité et son calme évidents. Naturellement, il y a d'autres élus dont l'aura et l'histoire me magnétisent : Simone Veil, Barack Obama ...
Bref, ces gens là m'ont donné envie de croire en la politique dans toute la noblesse qu'elle devrait nous inspirer.
Pour autant faut il être une groupie ? A t on le choix ? L'est on par nécessité, par instinct ou par faiblesse ?
Lorsque vous êtes élus, vous appartenez à une organisation, celle d'une collectivité : la tête de liste est le chef de file, celui que les électeurs ont choisi.... les autres sur la liste représentent des courants, des cultures, des histoires incarnées par de nombreux autres habitants. Donc naturellement, il y a entre vous et le chef une relation libre si vous y veillez mais inégale. Il ou elle est connu(e) ou reconnu(e), vous ne l'êtes pas encore. La tête de liste a l'éxperience et une connaissance globale des dossiers qui lui permet d'avoir une vision transversale et un discours construit.
Objectivement, et c'est préférable pour tous les électeurs, la tête de liste est normalement le plus performant. Et aussi celui qui décide de l'organisation de son équipe. Donc des délégations, de votre positionnement par rapport aux autres élus et par rapport à l'administration : le regard qu'il porte sur vous autant que les missions qu'il vous demande d'assumer, ne vous libèrent pas du travail que vous devez sans cesse produire mais peut vous faire gagner
un temps sidéral.
Donc, l'élu peut selon sa nature, son caractère et sa perception de la fonction éléctive : être, devenir, glisser dans la peau du groupie version fou du roi ou conseiller expert ou poil à gratter..... Il y a des élus force est de le constater qui sont des groupies et d'autres qui souhaitent être légitimistes mais libres.
Le vrai problème n'est pas d'être groupie ou pas, mais plutôt d'être débiteur de la cohésion de la majorité ou de l'opposition dont vous faîtes partie : cette fameuse cohésion étant l'armure de la tête de liste, celle dont il doit pouvoir se prévaloir en toutes situations.
J'ai donc découvert que l'élu doit lutter contre la "tentation groupie" et surfer avec les risques et opportunités de la cohésion du groupe auquel il appartient. Si en plus il appartient à un parti politique, il sera aussi lié à ses militants et partenaire des décisions des représentants de ce dernier.
L'élu n'est pas toujours une groupie mais l'élu n'est pas seul : et ses décisions ne peuvent jamais être prises hors tout ! !





Commentaires
C’est drôle que tu voies la situation de l’Elu comme potentiellement sujet d’idôlatrie ou groupie lui-même... Mon dictionnaire me confie que le mot “groupie” est «dérivé de “groupe” dans le sens d'orchestre de rock ou de pop, pour la personne qui idolâtre une vedette ou un groupe de musique populaire».
Je croyais, naïf, que l’on progressait d’abord en tant qu’Être, avec ses compétences et ses propres idées, puis que l’on rejoignait un Groupe qui partageait ces idées (un objectif commun, par exemple) ou les complétait, puis que dans le Groupe apparaissait celui ou ceux qui savait (ent) un peu mieux parler ou organiser ou représenter les idées. Je voyais ça de manière très organique... c’est en tout cas ce que j’ai toujours vécu dans les groupes dont j’ai fait partie (associations, entreprise...) et dont j’ai été humble maillon, leader, soldat, second, chargé de... selon les situations...
“Je crois bien qu’à force de construire je me suis construit moi-même” nous livre Eupalinos.
Pour moi, selon la tâche ou le combat qu’il faut mener, dans le Groupe se détache un ou plusieurs “leader” dont la seule compétence est de savoir être le berger, l’organisateur, le commandant, l’architecte ou simplement le catalyseur du Groupe... mais sans le Groupe le chef n’est rien et sans rapport complice, le Groupe ne fonctionne pas.
Paul Virilio nous guide (encore lui) : «Garde-toi des idoles, marche, danse, écris et lis, mais surtout garde la parole, sinon ce sera demain le "silence des agneaux" »
Cette situation de “groupie” est donc terriblement malsaine pour la cohésion du Groupe (puisqu’elle fait des membres du Groupe des écervelés tout juste capables de “gober” et suivre en bêlant) comme pour la construction de l’image du Moi de son leader qui se métamorphose en Cesar...
«Petits enfants, gardez-vous des idoles !» Saint Jean
Stimulante réflexion sur l'élue Dans ce contexte le post de Quitterie Delmas qui bien que militante choisie de ne pas être élue apporte aussi un éclairage http://lesjeuneslibres.hautetfort.c...