Paris 20ème, ATD Quart Monde expérimente un nouveau type de formation : « co-former pour être transformé » telle est l’ambition !
Un groupe d’élus dont je suis et de militants ( nom donné par l’association aux hommes et aux femmes qui vivent la très grande précarité) vont trois jours durant échanger, débattre sur leurs savoirs autour de l’exclusion.

Considérer les progrès de la société à l’aune de la qualité de vie du plus démuni….revendiquer que l’on ne peut pas lutter contre la misère sans ceux qui la vivent….tels ont les postulats partagés.
Nous serons donc dans cette salle « la salle de la solidarité » pour être chacun formateur et élève , chacun responsable acceptant de se questionner, de se bousculer, de se livrer.
Aujourd’hui, nous travaillons sur les représentations mutuelles : qui est l’élu selon le militant ? Qui est le militant selon l’élu ?
Les groupes feront les mêmes exercices, afficheront en même temps sur un même tableau leurs travaux.
On commence :
« la pauvreté c’est quoi en un mot ? » les élus ont choisi les termes d’exclusion, d’injustice, les militants de froid de peurs, de manque…
« le politique s’illustrerait avec laquelle de ces images ? » les élus choisissent un groupe de marathoniens, les militants une foule sous des parapluies et au milieu un poing levé…..
Les différences de points de vue, de perception sont abyssales Ellle s s'expriment sans jugements…mais on creuse : pourquoi ces mots, que veulent ils dire ?
Celui là, nous suivra toute la journée : « humiliation » jamais très éloigné d’un autre « soumission »….. »c’est dur de demander de l’aide », « c’est humiliant, c’est inquiétant »….Que ferez vous de nos enfants ?
Nous parlons à cœur ouvert : les élus sentent bien dans l’exercice de leur mandat au quotidien, le décalage entre le discours des gens qu’ils voient sur le terrain et ce qu’ils entendent dans les bureaux feutrés des travailleurs sociaux . Les élus connaissent cette frontière ténue entre le temps et la sémantique de la République et ceux de la rue. Ils la connaissent et ils en souffrent plus souvent qu’on ne le dit, pas assez pour qu’on essaie de l’expliquer …comme aujourd’hui.
S’ensuit une présentation de l’organisation administrative de la France et de l’imbroglio des compétences croisées : ici dans cette salle devant ces "combattants" la complexité de nos organisations apparaît ridicule et même un peu déplacée.
A leur tour de nous dire ce qu’ils vivent, ce dont ils ont besoin, ce qui les inquiètent : c’est le temps de la lecture « des apports de connaissances des militants sur la grande pauvreté »
Tout est très fort : « la pauvreté nous suit depuis toujours, on voudrait bien travailler avec vous pour comprendre ce qui ne s’est pas bien passé, on ne veut plus ouvrir les courriers, on a honte de demander devant nos enfants ….. » Tout est simple, derrière leurs mots, pas de jugement, personne dans la salle ne cherche d’échappatoire ! L’écoute est absolue, la conscience des écarts violente.
On nous demande enfin de rédiger un récit d’expériences : quelqu’un que l’on a vu et qui nous a fait franchir une étape dans notre exploration intime autour de ces sujets …On nous a dit que nos émotions, ce qui nous avait touché et ou géné était aussi important que les décisions que nous avions prises ou pas.
Je suis partie remplie des mots du volontaire permanent qui a orchestré cette coformation, ce temps particulier ou l’on casse les représentations mutuelles….remplie et extrèmement reconnaissante.
On nous avait promis et prédit que cette co-formation aboutirait à des transformations personnelles…c’est le cas …il faut qu’elles aboutissent désormais dans les faits ….les deux prochains jours seront consacrés à cette mise en pratique urgente. Rendez vous les 27 et 28 prochains